En 1636, il n'y eut plus que la terrible peste pour grand désastre, qui fit périr 3.000 habitants dans la ville.
Du temps de Louis XIV (dit le Grand 1638-1715), Saint-Quentin avait été fortifiée d'une manière régulière, par les habitants, et aussi par le célèbre Vauban.
Saint-Quentin, cessa alors d'être une ville de guerre.
C'est en 1801 que l'on commença la démolition des remparts qui protégeaient la ville, mesure qui a fortement favorisé les développements de son industrie.
Nous avons vu précédemment qu'au XIIème siècle Saint-Quentin était déjà une ville commerçante et industrielle. La fabrication des draps et de la saieterie s'y introduisit dans les premières années du siècle suivant, et, favorisée par la qualité des eaux, des terres et des laines, elle y prit de grands développements.
Aussi voit-on sans surprise Saint-Quentin figurer, au commencement du XIVème siècle, parmi les dix-sept villes qui faisaient partie de la Grande Hanse de Londres.
Il y avait alors, dans la ville de Saint-Quentin, quatre corps de métiers constitués : les tisserands, les foulons, les teinturiers et les tondeurs, auxquels le roi permit, en 1320, de faire des pannes (de tissus, étoffes) légales, pour être vendues en gros et en détail chez eux ou à la halle.
Ces marchands ne tardèrent pas à fréquenter les foires des villes voisines, et notamment les "Lendits de Saint Denis".
D'ailleurs, Saint-Quentin possédait déjà une foire franche de 16 jours qui se tenait aux Octaves de Pâques, mais les habitants demandèrent au roi et obtinrent qu'elle fut reportée au jour de la Saint Denis.
L'institution de la foire de la Saint Denis fut accordée à la ville de Saint-Quentin en 1320, par Philippe le Long, Roi de France.
Foire que l'on retrouvera encore cette année 1999, avec une durée d'environ 21 jours, au mois d'octobre (la Saint Denis est le 9 du mois, cette foire a lieu place de la liberté à Saint-Quentin).
Dès ce même XIVème siècle, les drapiers, orfèvres, corroyeurs, fripiers et tanneurs de Saint-Quentin avaient acquis assez d'aisance pour qu'ils aient été taxés de la somme de 2.000 livres tournois destinées à former la dot de la princesse Isabelle.
La révolution arriva aux Pays-Bas dans les années 1579, lorsqu'ils entreprirent de se soustraire à la domination espagnole, les Hollandais en firent sortir la fabrication des toiles de "Mulquinerie" du pays.
Mulquinerie : l'art de fabrication de la toile de lin.
En France, Cambrai profita d'abord de cette industrie qui ne tarda pas à être apportée à Saint-Quentin par un sieur Armand Grommelin, originaire de la ville de Courtrai.
Une étude approfondie, du sol de la région, lui démontra qu'il était propre à la culture du lin.
(Armand Grommelin créa en 1580, à Saint-Quentin une première fabrique de Linon, il fut pour cela ennobli par Henri IV en 1589).
Mais, dans la préparation de ces fils, il eut à vaincre de grandes difficultés, un lieu trop sec pour le stockage séchait les fils et détruisait leur ténuité, un endroit trop humide les pourrissait et les cassait.
Il remédia à ces inconvénients en déterminant, au moyen d'un bon hygromètre, la profondeur où devaient être placés les ateliers, puis il inventa le gluten nommé "parement", qui arrondit le fil par le moyen d'une brosse et lui donne de la consistance.
Cette industrie prospéra à un point extraordinaire, aussi tout le monde se fit mulquinier, et bientôt il n'y eut personne de riche à Saint Quentin qui ne dût sa fortune à l'industrie du lin.
Toutefois en 1698, on ne comptait encore dans la ville que 25 négociants ou gros marchands et 60 petits marchands.
La fabrication du linon, imitée de l'Inde, s'introduisit à son tour à Saint-Quentin vers 1664.
Elle prit de si rapides développements que, moins de cent ans après, il se fabriquait, tant dans la ville de Saint-Quentin qu'aux environs, plus de cent mille pièces, représentant une valeur de plusieurs millions de l'époque.
Au milieu du XVIIIème siècle, le commerce de Saint-Quentin s'enrichit encore de deux autres industries.
La fabrication des mousselines y fut alors introduite par MM. Devillers, Maroteau et Corbeau, celle des gazes de fils, rayés à carreaux et à différents ramages, fut apportée en 1755, par M. Philibert du Moustier de Vâtres, et égala bientôt celles venues du royaume d'Angleterre.
Vers le même temps, on établit encore dans la ville de Saint-Quentin une manufacture de gaze de soie qui, en 1780, occupait 4 blanchisseries, 4 ploieries et 20 courtiers.
Une fabrique d'amidon y fut élevée en 1780, par M. Pagnen.
Au moment où éclata la révolution française, en 1789, la fabrique de Saint-Quentin avait pris un essor considérable, elle occupait, tant à la ville qu'a la campagne, 12 à 14.000 métiers à tisser, et 60 à 70.000 fileuses. La fabrique annuelle s'élevait de 150 000 à 160 000 pièces de tissus, de différentes largeurs, sur douze à quinze aunes de longueur, et l'exportation s'élevait environ à 35.000 pièces, et avait lieu pour des destinations diverses, telles que Saint-Domingue, la Martinique, la Guadeloupe, la Havane, Lima, Véra-Cruz, l'Allemagne, la Russie, l'Angleterre, le Portugal et l'Italie.
Mais la révolution lui porta un coup funeste. En 1800, elle n'occupait plus que 3.000 métiers et la fabrication s'élevait, avec peine, à 40.000 pièces par an.
Mais suite au rétablissement de l'ordre, elle a repris une activité nouvelle et un essor qu'elle n'avait jamais connu.
Parmi les causes qui l'ont particulièrement favorisée, on doit sans doute mettre en première ligne la facilité d'étendre la ville de Saint-Quentin, malheureusement, procurée à la ville par la démolition de ses remparts, et la construction du canal de Saint-Quentin.
Saint-Quentin était autrefois divisée en douze paroisses, qui furent réduites à une seule après la Révolution. Ses établissements religieux étaient nombreux. On y voyait deux collégiales, trois abbayes dont une de filles, une prévôté, une commanderie et quatre couvents.
L'origine de la collégiale remontait à une époque fort ancienne.
On y comptait cinq dignitaires, le doyen, le trésorier, le chancelier, le chantre et le prévôt, plus un grand nombre de chapelains.
Le roi était considéré comme le premier de la communauté religieuse. Lorsqu'il venait à Saint-Quentin, il prenait place en cette qualité dans la première stalle du chur et il recevait la masse des mains du doyen.
De cinquante-sept qu'ils étaient en 1772, les chanoines se trouvaient réduits à quarante-quatre au moment de la révolution.
A cette époque, cet établissement religieux était encore l'un des mieux rentés de la France, car ses revenus étaient de près de 30.000 livres.
Le chapitre de Saint Pécine avait été fondé en 1090.
On y comptait douze chanoines dont les revenus, en dernier lieu, étaient de 9.300 livres.
L'Abbaye d'Isle (Bénédictins) était l'une des plus anciennes du pays, ayant été fondée au VIIème siècle. En 1789, ses revenus s'élevaient à 32.000 livres.
La fondation de l'Abbaye de Saint-Prix (Bénédictins) remontait à l'année 944. Ses revenus étaient de 42.000 livres.
L'Abbaye de Fervaques fut fondée en 1140, dans le
lieu qui porte ce nom, près de la commune de Fonsomme, pour des
filles de l'ordre de Saint-Bernard. En 1648, à cause des guerres,
les religieuses s'établirent à Saint-Quentin. Cette maison religieuse,
à laquelle fut réunie celle des Biaches en 1764, comptait
en dernier lieu dix-huit dames de chur avec onze surs converses, et ses
revenus s'élevaient à 67.000 livres.
La prévôté de Pontoiles n'avait que
500 livres de rentes à la révolution.
La fondation de la commanderie de Garand, ordre de Saint-Lazare,
remontait à l'année 1684.
Les autres communautés religieuses établies
à Saint-Quentin étaient: un couvent de "Jacobins" en 1221,
un de "Cordeliers" en 1222 et un de "Capucins" en 1610, plus, les frères
ermites de la chapelle d'Epargnemaille, les surs de la Croix et de Saint-Vincent
pour l'éducation des filles, enfin les religieuses de Saint-Augustin
dans l'Hôtel-Dieu.
Plus anciennement, Saint-Quentin avait possédé
d'autres établissements religieux qui furent détruits par
la suite des temps.
Les templiers s'y étaient établi vers
1150, et les frères hospitaliers de Saint-Jean un peu plus tard.
On compta jusqu'à sept couvents de Béguines
qui furent institués entre le commencement du XIIIème
et la fin du XVIème siècle.
Béguines : Femme d'une communauté religieuse chrétienne où l'on entre sans prononcer de voeux perpétuels.
On nommait ainsi autrefois des filles et des veuves, qui vivaient, réunies dans
une même enceinte, mais dans des logements séparés,
sans être astreintes à une règle religieuse, et conservant
la faculté de se retirer à volonté.
Plusieurs "Béguinages" furent successivement fondés
à Saint-Quentin, en 1233, 1305, 1334 et 1344.
Les établissements de bienfaisance ne furent pas
moins nombreux à Saint-Quentin. L'hôpital d'Hildrades, qui
devint plus tard le grand hôpital, y fut fondé en 853, pour
les pauvres malades, par le chapitre de la ville de Saint-Quentin.
Les deux hôpitaux de Saint-Antoine et de Trinité
y furent établis, l'un en 1095, l'autre en 1126.
En 1161, on en établit un, dit de Saint-Jacques,
pour les pèlerins, et celui, dit de Marteville, pour les enflés,
un troisième en 1165, pour les lépreux, et un quatrième
l'année 1166, pour les pestiférés.
A la fin du XIIème siècle, quatre autres
petits hôpitaux furent fondés à Saint-Quentin.
Ils portaient les noms de la Gruance, de Prétencourt,
de Philippe Enkins et de la Croix d'Or.
D'autres hôpitaux y furent encore établis,
en 1303, par Guy de Laon, en 1312, par Mathieu Buridan, en 1320, par un
chanoine nommé Nicolas de Saint-Just, en 1340, trois autres destinés
seulement à recevoir de pauvres femmes, et en 1352, celui, dit du
Petit-Pont, par Gilles de Lorris.
Quentin Barré, Mayeur de la ville fonda en 1587,
l'hôpital de Bournival pour les orphelins.
Enfin, un autre habitant de la ville nommé Jacques
Lescot, avocat y éleva encore l'hôpital, dit des Vieux-Hommes,
pour recevoir les célibataires âgés d'au moins 50 ans.
Ces établissements furent remplacés par
un hôtel-Dieu renfermant 40 lits et dix hospitaliers, un hospice
d'orphelins des deux sexes, un hospice de vieux hommes plus que sexagénaires,
contenant onze places de vieillards, et un hospice de vieilles femmes ou
filles.
D'autres établissements de bienfaisance ont encore
été fondés ensuite, un bureau de charité y
fut d'abord établi en 1613, pour les pauvres "malades honteux".
On y introduit, en 1685, des surs de la charité
pour soulagement des malades, et l'instruction des enfants pauvres.
Dix ans après, on y établit "l'Aumône
commune" pour distribuer du travail à la jeunesse pauvre et des
secours à la vieillesse.
Enfin, trois autres établissements de bienfaisance,
c'est d'abord l'association charitable de Saint-François-Régis,
fondée en 1840, pour faciliter le mariage civil et religieux aux
indigents, et deux sociétés de secours mutuels, l'une, dite
de Saint-François Xavier, fondée en 1858, l'autre, dite de
prévoyance établie l'année suivante.
On prétend que le collège de Saint-Quentin,
autrefois dit des "Bons Enfants", existait avant le XIIème siècle.
Il y a eu pour principaux, quelques hommes remarquables, et il a lui-même
formé plusieurs sujets distingués.
L'établissement dans cette ville de l'école gratuite des filles remonte à l'année 1613, et celui de l'école
des garçons à 1648, seulement. Ce dernier est dû à
Quentin de la Fons, chanoine de Saint-Quentin.
Le célèbre pastelliste Quentin de la Tour,
natif de la ville, y a fondé, en 1782, une école gratuite
de dessin qui existe encore de nos jours.
On voyait autrefois en cette ville une compagnie d'archets
et une autre d'arquebusiers.
La compagnie d'archets fut instituée à Saint-Quentin,
en 1438, par le roi Louis XI. La compagnie d'arquebusiers en 1461, toujours
par Louis XI.
Sa milice bourgeoise formait deux bataillons et comprenait
tous les habitants en état de porter les armes, d'où cette
devise appliquée aux Saint-Quentinois, "Tot
cives, tot milites" autant de civils, autant de militaires.
Saint-Quentin était autrefois un chef-lieu de bailliage
et d'élection. La juridiction du bailliage s'étendait sur
222 villes, bourgs, villages ou hameaux, son élection dépendait
de la généralité d'Amiens.
Un tribunal de commerce fut établi dans la ville
en 1710. Les juges en étaient dès lors électifs.
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