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La ville de Saint-Quentin est placée sur les deux bords de la Somme, dans un endroit où, depuis toujours, on traversait cette rivière.
| Le marais picard vu par Philippe Rubert
artiste de coeur peintre Saint-Quentinois
| A l'époque romaine, la ville faisait partie de la Belgique Seconde ou
Gaule belge. Durant la période romaine, la ville était connue sous le nom
d'Augusta Veromanduorum, nom qui lui fut donné par Auguste, empereur romain, parce
qu'elle avait été la capitale d'un pays occupé par un peuple appelé Veromandui, nom duquel est
venu celui des
Vermandois. C'est vers le VIIIème siècle seulement que Saint-Quentin reçut la dénomination actuelle, tirée du nom de son patron, le martyr Quintinus.
La ville fut saccagée par les Vandales en l'an 407, puis par les Huns d'Attila en l'an 451, ensuite par les Normands au VIIème et au IXème siècle.
Suite à tous ces désastres, Charlemagne aida la ville à réparer ses ruines et à enrichir son église.
La ville devint le chef-lieu du comté du Vermandois, comté créé par Louis le Débonnaire en faveur de Pépin, fils de Bernard, roi d'Italie qui était son neveu.
La ville eut à souffrir de fréquents désastres. Elle fut prise et pillée plusieurs fois. Plusieurs fois aussi, elle se défendit vaillamment, avec beaucoup de succès et beaucoup de gloire. Par exemple, durant le XVème siècle, elle changea sept fois de mains.
Dès que les Romains eurent envahi la région, ils construisirent leurs grandes voies de communication qui parcouraient alors toute la surface de nos contrées. Ainsi, grâce à l'établissement de ces nouvelles chaussées romaines, dont plusieurs aboutissaient en ce lieu, la ville fut prise d'un rapide accroissement, de telle sorte qu'elle devint le séjour d'une colonie romaine comme l'attestent les nombreux débris, de provenance romaine, qu'on y a découverts en différents temps, et qu'elle mérita de devenir le chef-lieu de la province sous le nom d'Auguste de Vermandois.
Vers l'an 300, un jeune missionnaire romain chrétien, Quintinus, jeune homme de famille sénatoriale, vint de Rome pour prêcher l'évangile dans la région, mais dénoncé au gouverneur de la province, Rictiovarus, préfet d'Amiens, il y fut saisi et mis à mort, puis son corps fut jeté dans la Somme, à Saint-Quentin.
Vers l'an 358, une dame romaine, appelée Eusébie, retrouva ses reliques et les fit transporter sur le haut de la colline où l'on éleva une église.
Peu à peu, des habitations s'élevèrent autour de cette église et donnèrent naissance à une nouvelle ville qui prit le nom de Saint-Quentin qui finira, vers le IXème siècle, avec le grand nombre d'habitations par communiquer à la première ville, située en bas du plateau.
Mais, bientôt, à cause de sa grandeur et de sa richesse, les grands seigneurs du voisinage s'en disputèrent la possession.
La ville de Saint-Quentin fut entourée de grands murs au cours du IXème siècle, ce qui malheureusement, n'empêcha pas les Normands de la ravager en l'an 883, ainsi que bien d'autres troupes guerrières, venues d'horizons divers.
Pépin, comte de Péronne, prit la ville en l'an 886, elle lui fut reprise peu après par Raoul, comte de Cambrai, qui, à son tour, ne tarda pas à la perdre, il perdit aussi la vie au cours de la bataille. Rodolphe de Crouy vint l'attaquer en l'an 943, mais, comme le précèdent, il échoua et fut tué au cours de l'attaque.
Tandis que ces événements se passaient, la ville de Saint-Quentin grandissait encore en importance. Aussi, dès la fin du XIème siècle, ses habitants, accrus en nombre, jouissaient-ils déjà de certaines franchises qui leur avaient été octroyées par leurs comtes, soit gratuitement, soit à prix d'argent. Ces franchises paraissent avoir été rédigées et étendues vers l'an 1103, après la mort d'Hugues-le-Grand, comte de Vermandois, et pendant la régence d'Ade, sa veuve, régence qui se prolongea jusqu'en l'an 1111. Grâce aux franchises, Saint-Quentin fut une des premières villes de France à conquérir l'indépendance communale, et de ce fait, à se doter d'un hôtel de la commune et d'un beffroi. La commune de Saint-Quentin se trouva alors définitivement constituée.
La ville de Saint-Quentin faisait alors partie du Vermandois, et depuis plusieurs siècles, elle était gouvernée par les comtes de cette province, à peu près indépendante de la couronne.
Vers le milieu du XIIème siècle, la descendance masculine de ces seigneurs s'éteignit en la personne de Raoul II, dit le jeune, qui descendit dans la tombe en ne laissant que deux filles, Elisabeth et Eléonore. Elisabeth, l'aînée, porta le comté du Vermandois en mariage à Philippe d'Alsace, comte de Flandres, mais elle mourut en 1183, sans avoir eu d'enfant de son mari. Cet événement était une trop belle occasion de rentrer en possession de cette province, détachée de la couronne depuis 300 ans, pour que la royauté n'essayât pas de la saisir. Aussi Eléonore, sœur cadette d'Elisabeth et femme de Mathieu, comte de Beaumont, appuyée par le roi avec qui elle avait traité secrètement, s'empressa-t-elle de revendiquer la possession du Vermandois, et l'ayant obtenu après de longs débats, elle le céda au roi Philippe-Auguste en 1191.
Saint-Quentin suivit la fortune de la province et devint alors une ville royale.
Le Vermandois aurait été érigé en comté seulement au IXème siècle et ce dans les circonstances suivantes.
L'empereur Louis le Débonnaire ayant fait crever les yeux à son neveu Bernard, roi d'Italie, accusé de trahison, il en conçut bientôt de vifs remords et voulant réparer ses torts, donna le Vermandois à Pépin, son fils, ainsi que les comtés de Senlis et de Blois.
Sans vouloir infirmer en rien ce récit, on remarque que le Vermandois devait avoir été établi en comté bien avant cette époque, puisque plusieurs personnages porteront, entre les années 659 et 880, le titre de comte du Vermandois.
D'ailleurs, une ancienne chronique prétend qu'Herbert Ier n'était pas le fils de Pépin, mais d'un certain Ebroin, comte de Narbonne, à qui le roi aurait donné le comté du Vermandois avec les villes de Saint-Quentin et de Ribemont, en récompense des services qu'il lui avait rendus.
Les comtes du Vermandois, qui furent réunis à la couronne par Philippe-Auguste, en 1185, étaient, dit-on, de la race de Charlemagne.
Il était de bonne politique à l'époque, de chercher à s'attacher les habitants. Philippe-Auguste n'y manqua pas et leur octroya dans ce but, en 1195, une nouvelle Charte de commune où, non content de confirmer les anciennes franchises de la cité, il s'étudia encore à les étendre davantage.
Philippe-Auguste régla particulièrement l'action de la justice, car c'est là qu'étaient les plus grands abus, et il y spécifia avec soin les peines applicables aux crimes et aux délits les plus communs.
Il laissa aux bourgeois l'exercice de la moyenne et basse justice dans les limites de la banlieue, mais se réserva la haute justice, c'est-à-dire la connaissance des crimes, des vols à main armée, des vols ordinaires, des rapts, des homicides et des incendies, il y conserva le duel judiciaire comme appel de jugement rendu, et il établit en sa propre faveur la confiscation des biens des condamnés.
Il y régla surtout avec beaucoup de soins et de grands ménagements ses rapports avec les bourgeois, ses nouveaux sujets. Si un procès s'élevait entre lui et la commune, il serait jugé par les hommes libres, clercs ou chevaliers, de Saint-Quentin, si le procès était entre lui et les bourgeois, il serait jugé par les échevins.
Si une maison forte, dans la ville ou hors de la ville, devait être abattue par la suite de la condamnation de son propriétaire, il s'engageait à aider les bourgeois dans cette opération, s'il poursuivait un bourgeois accusé d'un crime, celui-ci ne pourrait être enchaîné, ni conduit hors de ville, ni rançonné par ses gardiens.
Il permettait aux bourgeois de dresser des étaux sur toutes les places qui lui appartenaient, en payant un simple droit d'étal.
Il s'interdisait de faire aucun ban sur les propriétés des bourgeois.
Enfin, il promettait de ne pas altérer la " Monnaie", ni de la changer sans leur consentement.
En échange de tout cet avantage, il se contenta d'assujettir les habitants à ses osts et chevauchées, et encore en statuant que l'action de la justice resterait suspendue, à l'égard des hommes portant les armes, durant tout le temps de leur service.
Dix conciles se sont tenus dans la ville de Saint-Quentin entre les années 1226 et 1271, pour des affaires relatives aux problèmes de discipline intérieure du clergé.
Le plus célèbre concile est celui de 1235, à la suite duquel Louis IX (dit Saint-Louis) rendit une ordonnance portant que les sujets et vassaux des seigneurs ne seraient plus tenus de répondre, en matière profane, à la juridiction ecclésiastique.
La commune de Saint-Quentin subit encore diverses vicissitudes.
Elle lutta comme partout en France, contre l'injustice, contre le clergé et même contre le roi et ses officiers, ce qui amena la suppression de la justice en 1317.
Mais cinq ans après, la justice fut rétablie moyennant une amende de 6.00 livres tournois.
L'exercice de la justice civile éprouva surtout des changements.
En définitive, elle resta aux mains des bourgeois. En 1560, le roi François II confirma encore par écrit que l'exercice de la justice civile devait rester aux mains des bourgeois.
Une partie de la population de Saint-Quentin prit part à la Jacquerie du XIVème siècle, et obtint du roi en 1381, des lettres de rémission.
Pendant la querelle sanglante des Bourguignons et des Armagnacs, les Saint-Quentinois embrassèrent la cause de ces derniers.
Les Bourguignons prirent leur revanche en s'emparant de Saint-Quentin en 1420.
Mi-juillet 1430, vers midi, Jeanne, la pucelle d'Orléans passa, dit-on, par Saint-Quentin venant de la route de Paris, elle traversa la ville en entrant par la porte Saint-Nicaise au faubourg Saint-Martin, prit la rue Saint-Jean et partit en direction de la porte du Nord, ainsi Jeanne d'Arc fut-elle menée au château de Beaurevoir, puis vers son triste destin, la ville de Rouen et le bûcher où elle fut brûlée vive en mai 1431.
En 1435, la réconciliation de Charles VII avec le duc de Bourgogne amena la concession de la ville à ce dernier, mais en 1471, la ville de Saint-Quentin se souleva contre ce seigneur et se remit elle-même sous l'obéissance du roi.
La tentative du comte de Saint-Pol (Louis de Luxembourg) pour entrer par surprise dans la ville, se termina par un événement tragique pour lui, Louis XI le fit arrêter et décapiter en 1475.
Après la mort de ce monarque, les Bourguignons essayèrent encore, mais sans succès, de s'emparer de la ville de Saint-Quentin.
Les Espagnols y furent plus heureux au cours du XVIème siècle.
L'armée espagnole de Philippe II, commandée par le Général en chef Emmanuel Philibert,
Duc de Savoie, inflige une sévère défaite aux troupes du connétable de Montmorency envoyées par Henri II au secours de la ville. Elle fit le siège de la ville en 1557, et après 17 jours d'une héroïque défense, pendant lesquels l'armée française, envoyée au secours de la ville de Saint-Quentin, fut détruite à la funeste bataille de la Saint-Laurent le 10 août 1557, la ville fut emportée d'assaut le 27 de ce mois et les habitants passés au fil de l'épée.
Quinze cents bourgeois de la ville périrent dans ce fameux siège, mais leur opiniâtre résistance sauva le royaume de France, en lui permettant de se mettre en défense, et en réunissant une armée.
La paix du Cateau Cambraisis (1559) rendit Saint-Quentin à la France deux ans après.
A partir de ce moment, les annales de la ville de Saint-Quentin deviennent heureusement à peu près calmes.
Saint-Quentin était jadis le chef-lieu d'une châtellenie dont relevait une dizaine de fiefs, parmi lesquels celui de Seraucourt était le plus important.
Lorsque la Ligue fut établie, Saint-Quentin ne se laissa pas entraîner par l'exemple des villes voisines.
Les souvenirs du siège de 1557, par les Espagnols étaient encore trop vifs pour que les habitants pussent songer à s'unir aux Guises, alliés des espagnols.
Loin de là, le 20 février 1589, les principaux habitants de la ville firent une contre-ligue et s'engagèrent à la fois à employer leurs biens et leurs vies à l'extirpation des hérésies et l'extermination des hérétiques, ainsi qu'à se maintenir sous l'obéissance du roi très chrétien.
Visite du roi Henri IV à Saint-Quentin en décembre 1594 (le roi de la poule au pot).
D'après un récit de Louis Paul Colliette.
C'était, disait-il à l'époque, à propos du roi Henry IV "le meilleur prince de la terre, le génie le plus beau et le plus grand, le courage le plus héroïque et le plus tendre des pères envers son peuple".
Il fut reçu à Saint-Quentin avec empressement, au mois de décembre de l'année 1594. Il avait prévenu les habitants par les lettres les plus flatteuses du 8 novembre 1589 et du 15 mai 1590.
Il y était descendu en parcourant les villes et les provinces qui ne lui étaient point encore soumises.
Il ne visita point l'église du Saint-Martyr, ni ses vénérables reliques, parce que cet acte de religion ne s'accordait point avec ses principes.
Mais il combla les Saint-Quentinois des marques les plus tendres de bonté et d'affection.
Une maison de la Grand'Place, faisant le coin de la rue de la poterie (actuellement rue Saint-Jacques), fut le palais qu'il avait choisi.
Là, plusieurs riches bourgeois lui ouvrirent leur bourse et il y puisa ce qu'il voulut.
On dit que, de sa reconnaissance royale, plusieurs familles de la ville acquirent alors leur noblesse.
Ce fut le premier magistrat de la ville qui eut l'honneur de lui présenter un repas qu'il avait accepté, il le prit en l'hôtel de Ville, et lorsqu'on voulut goûter les vins et les viandes (comme la coutume le voulait alors, afin que le roi ne puisse mourir empoisonné), il empêcha le goûteur de faire ce travail "Je suis, dit le roi, avec mes amis, je n'ai rien à appréhender d'eux". Il but et mangea le premier des vins et des mets de la table.
Toujours ce prince secourait ses amis, et lorsqu'on lui parlait de Saint-Quentin, on lui procurait la sensation la plus agréable à son cur.
Malgré mes ennemis, disait ce grand roi, transporté de joie à la vue des bonnes façons de ses chers Saint-Quentinois, je suis assuré que je serai toujours le roi de la ville de Saint-Quentin.
Par un brevet signé de sa main et qu'il avait hautement et publiquement lu, étant en personne sur la Grand'Place de la ville, le 6 décembre 1594, il déclara qu'il n'entendait pas qu'il n'y ait jamais eu de citadelle en cette capitale ou plutôt qu'il n'en voulait pas d'autre que celle qui était dans le cur de ses habitants.
Toutes les bontés d'Henri IV pour les bourgeois de Saint-Quentin furent scellées avant que de partir de la ville, par les lettres patentes les plus avantageuses.
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